Note: Femmes Entrepreneures de Catherine Von Dahle et Viviane de Beaufort

Note Femmes Entrepreneures

(* voir documents et contribution APCE / Travaux Viviane de Beaufort)

Article co-écrit par Catherine Von Dahle et Viviane de Beaufort 

 1 / Le constat

« Les femmes demeurent moins bien payées que les hommes, moins représentées dans les postes à responsabilité, tout en étant plus diplômées »

Salaires 

  • Selon plusieurs rapports et études publiés en 2012, l’écart salarial moyen entre hommes et femmes est de 20%,
  • Tout temps de travail confondu, l’écart est de 26,9% en 2012. Cet écart salarial est plus fort chez les cadres (30,7%),
  • Dans le secteur du numérique, il est de 24% en 2015,
  • Les femmes salariées sont 31% à être à temps partiel contre 7% pour les hommes.
  • Précisons qu’au sein de l’Union Européenne, les femmes gagnent en moyenne 17,5% de moins que les hommes. La France n’est donc pas dans les bons élèves sur ce point là.
  • Les femmes chefs d’entreprises gagnent 22% de moins que leurs homologues masculins. Cet écart se creuse encore si l’on tient compte des rémunérations variables comme les bonus.
  • Leur taux de chômage est plus important que celui des hommes

Gouvernance

– En politique

  • Elles représentent seulement 14% des maires, 5% des présidents de conseils départementaux, 8% des Présidents de régions.
  • Elles sont 22% au Sénat et 27% des députés.

– Au travail : le plafond de verre..

  • Elles représentent 8% des cadres dirigeants des entreprises de plus de 200 salariés,
  • Elles siègent pour 11% dans les conseils d’administration du CAC 40, (10,5% en 2009),
  • Les femmes sont seulement 19 % à occuper une responsabilité hiérarchique contre 35% pour les hommes et 49% un poste d’encadrement contre 62% pour les hommes.
  • Le secteur du numérique est aujourd’hui très peu paritaire où Syntec Numérique dénombre seulement 28 % de femmes au niveau national (Syntec 2014).
  • Pourtant plusieurs études démontrent que la performance des entreprises qui tendent vers plus de mixité dans leur équipe, COMEX compris, est meilleure que les autres.
    Entrepreneuriat

 32 % des entreprises nouvellement créées le sont par des femmes

Les bonnes nouvelles :
  • On est passés en cinq ans de 28 à 32 % de femmes créatrices d’entreprises (en incluant les auto-entrepreneures).
  • La France est au 4è rang mondial en termes d’environnement favorable pour la création d’entreprises féminines à potentiel.
Les moins bonnes :
  • Le pourcentage de personnes ne concrétisant pas leur envie de créer est plus important chez les femmes
  • Elles sont moins porteuses d’intention entrepreneuriale (18% des femmes contre 23% des hommes ont une intention entrepreneuriale à 2 ans),
  • Elles déposent moins de capital et portent moins d’ambition de développement
  • Elles créent majoritairement des structures de petite taille

2/ Les causes

Dans l’entreprise

 – Le plafond de verre

Concilier vie privée et vie professionnelle / sexisme / et manque de confiance en soi

  • Les femmes manqueraient de confiance en elles, particulièrement sur leur lieu de travail.
  • D’après un sondage, le sexisme en entreprise et la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle ne seraient pas les seules explications au plafond de verre…
  • Près de la moitié des femmes concèdent qu’avoir plus confiance en elles les ferait progresser dans leur carrière

Dans l’entrepreneuriat

– Comparons les résultats

 Moins entrepreneuses / des ambitions plus petites / une pérennité identique
  • Les femmes sont majoritairement focalisées sur la santé, les services à la personne, l’enseignement et les activités de soutien aux entreprises
  • Seulement 18 % des créateurs d’entreprises du numérique sont des créatrices (2015)
  • Elles créent majoritairement des structures de très petite taille, et peu d’emplois
  • Leurs entreprises ont la même pérennité à 3 ans que les hommes (65%), et à 5 ans (50%).

– Les limites associées à l’environnement externe

Les qualités entrepreneuriales sont  perçues et intériorisées comme masculines
  • Une femme a plus de mal à se projeter dans le rôle d’entrepreneur : elle doit donc « sur-prouver » sa capacité à entreprendre dans le système en général.
  • Dans l’inconscient collectif des nations latines, il y a un accueil moins favorable des projets portés par des femmes (clients, investisseurs, banques).

– Les limites portées par les femmes elles-mêmes

Leurs principales craintes portent le plus souvent sur l’investissement financier et temps, la trop forte responsabilité (autonomie) et le manque de compétences.

 Le manque de confiance en soi
  • Les femmes se mettent des « freins internes » associés au manque de confiance en elles : « Je ne suis pas capable de… », « Je préfère démarrer petit… ». Elles intériorisent un « complexe de l’imposteur », doutant en permanence de leurs capacités : elles n’osent pas, pratiquent l’autocensure, et ne se donnent pas les moyens de leurs ambitions.
  • De niveau de formation et de compétences pourtant équivalent à ceux des hommes, leur manque de confiance en elles se retrouve à tous les stades du parcours : elles sont donc plus accompagnées durant le montage du projet (67% contre 57% chez les hommes). On les retrouve à 66% dans les couveuses par exemple.
Financement et ambition réduits
  • On ignore le taux de projets féminins abandonnés faute de financement.
  • Les femmes créatrices d’entreprise utilisent les mêmes leviers de financement du démarrage que les hommes.
    • Elles disposent de moins de capital personnel : presque deux fois moins que les hommes dans les startups innovantes. 43% des créatrices démarrent leur activité avec moins de 4 000 euros contre 35 % des hommes.
    • Et avec moins de capital initial, elles s’épuisent à devoir tout faire, toutes seules, pour économiser.
    • Elles portent une ambition de développement moins affirmée (moins d’investissements, moindres levées de fonds), sauf dans les startups innovantes où le genre n’est pas un facteur discriminant pour le développement de l’entreprise.

Conclusion

Les femmes portent moins d’intention d’entrepreneuriat et de concrétisation, moins de capital et d’ambition pour le projet, le développement de leurs structures est plus faible.

Il faut donc « bousculer les mentalités »

 

3/ Les pistes de solutions

Les aides publiques et/ou locales

Le gouvernement souhaite faire progresser l’entrepreneuriat féminin de 10 points via 3 axes :

  • sensibiliser, orienter, informer (cf site web ellesentreprennent.fr),
  • renforcer l’accompagnement des créatrices,
  • faciliter l’accès des créatrices au financement (FGIF et partenariat avec 2 réseaux bancaires).

Il existe des prix soutenant l’entrepreneuriat féminin, locaux, régionaux ou nationaux. Quelle que soit la maturité cible des entreprises, ces prix ont le mérite de soutenir la visibilité et le développement (subventions, prêts) des projets des entrepreneuses.

L’accompagnement et le financement spécifiques

– Des acteurs spécialisés

Suite aux précédents constats, certaines structures se sont créées pour assurer un accompagnement et/ou un financement spécifique aux femmes : Paris Pionnières, Femmes Business Angels, club Génération startuppeuse, ….

Le programme  dédié de l’ESSEC – Entreprendre au féminin (avec Viviane de Beaufort)

  • Le programme s’appuie notamment sur du e- learning classique en partenariat avec la TV des entrepreneurs,
  • La différence majeure de ce programme porte sur le partage et l’écoute des freins et stéréotypes des entrepreneuses, pour s’en libérer,
  • Le programme accueille des jeunes femmes de la génération Y : elles décident plus rapidement, elles osent « tant pis, le prends le risque, j’ai le souci de mon autonomie », elles voient grand et ne restent pas seules : elles s’installent dans un incubateur et recherchent des mentors plus âgés qui ont créé des entreprises.

La génération Y

Au-delà de leur niveau d’étude, elles partagent des caractéristiques communes décrites par Viviane de Beaufort :  «  elles ont tout compris ! :

  • Elles travaillent une ou deux années pour mettre de l’argent de côté puis se donnent du temps pour monter leur projet,
  • Elles osent, s’entourent, vont chercher l’information,
  • Elles connaissent leurs points faibles et identifient les parades…
  • Elles montent en gamme, car elles appréhendent toutes les problématiques de l’entreprise,
  • Elles travaillent sur leur notoriété, se constituent un réseau, vont sur les salons,
  • Elles maîtrisent parfaitement les réseaux sociaux, possèdent des blogs, …
  • Et surtout elles se projettent à 3 ans, à 5 ans : si ça marche, elles revendront leur entreprise pour lancer d’autres projets et si ça ne marche pas, ce n’est pas grave car elles sont persuadées que cette expérience très enrichissante sera un plus pour leur CV».

 

* Documents et reprises : APCE entrepreneuriat féminin 2015 / Viviane de Beaufort : juriste, professeure, chercheur et auteure de publications sur la gouvernance, le genre et la mixité).

 Note : Le Crédit Coopératif  est facilitateur de cette analyse sur les femmes entrepreneurs, élaborée en collaboration avec Viviane de Beaufort spécialiste et engagée sur cette question. Elle s’inscrit dans le cadre des réflexions en cours portées par la Direction Innovation sur le soutien aux startups sociales.



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